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1. Maria Geiss
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Elle a 7 ans, en 1918, lorsque l’Alsace redevient Française. Pour elle qui ne comprend pas un mot de français, l’école est dure. Elle décide de devenir sage-femme et travaille à l’hôpital de Strasbourg durant 4 ans. Tandis que l’hôpital est évacué en Dordogne en 39, Maria décide d’exercer sa profession dans son village, Zellwiller .
Paul, son fiancé engagé dans l’armée française, est fait prisonnier à la frontière belge. Pour finir, ils s’épouseront lors de la capitulation. Un enfant naît. Mais en janvier 44, Paul repart comme " Malgré Nous " en Lettonie. Maria ne le reverra jamais.
Elle vit la libération de son village, en novembre 44, comme un cauchemar : un accouchement dans la cave; mais surtout, le trouble dans le village. Le maire, pro-allemand, voit sa ferme et ses bêtes brûler avant d’être arrêté par les FFI.
Aujourd’hui, à 90 ans, elle n’a qu’un regret : que la jeunesse oublie les victimes de cette guerre.
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2. Jean Mathieu
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A l'annexion de l'Alsace, il connaît l’école allemande, lui qui ne parle que le français et le " welche " - patois vosgien. En 42, pour ne pas mettre sa famille en péril, il se voit dans l’obligation de faire le STO, Service de Travail Obligatoire. En 43, il reçoit son ordre d’incorporation comme grenadier en Tchécoslovaquie. Il décide alors de s'ébouillanter volontairement avec le serum du fromage de la ferme. Le maire du village, un Allemand qui est aussi docteur, ferme les yeux.
Mais un nouvel ordre d’incorporation arrive, cette fois dans la marine allemande, en Prusse orientale. Camp d’instruction jusqu’en mars 44. Il trouve une combine pour obtenir de nombreuses permissions : de son village, il rapporte du kirsch aux Allemands. Il est muté sur un torpilleur de Danzig, puis sur une île près du Danemark, d’où il obtient sa dernière permission le 25 août 44, soit le jour de la Libération de Paris.
Bien décidé à ne pas repartir, il se cache 5 mois à la ferme. Il sera vu un jour par un soldat allemand qui ne dira rien. Plus tard, il retournera le voir dans le Wurtemberg et, reconnaissant, deviendra " Européen ".
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3. Nicole Doukhan
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Nicole a sept ans en 39. Elle est la première petite parisienne d'une famille ashkénase. Son père, juif français, pense qu’il ne risque rien en restant à Paris et en se déclarant.
Lorsqu’il prend conscience du sort qui les attend, il est déjà trop tard. La famille de Nicole est dans l’obligation de survivre à Paris. Il faut porter l'étoile. Nicole est la seule juive de son école. Son père exige qu'elle soit la première de la classe, irréprochable. Qu'elle veille sur son petit frère et sur sa mère. Nicole va vivre quatre années de responsabilité intense et de maîtrise de soi.
Son père est renseigné sur le sort qui attend les juifs dans les camps de concentration. Il lui explique tout. Elle est au courant des risques. Elle est préparée à la mort. Grâce à la force intérieure du père qui anticipe chaque situation, grâce à la chance aussi, Nicole et les siens ne seront pas arrêtés. "Ce n'était pas notre heure", dit-elle.
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4. Denise Schmitt
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Enfant, Denise passe la première partie de la guerre dans un village lorrain où l’on considère les résistants comme de dangereux terroristes. Il est occupé par les Allemands, qui se révèlent des êtres civilisés. Denise assiste aux marches militaires et aux concerts, va à l’école où elle chante " Maréchal nous voilà ". Les résistants dérangent la vie tranquille du village en faisant sauter un train de munition.
A 10 ans, elle se rend au lycée d’Epinal où son père enseigne. S’il y a des bombardements, Denise n’a pas peur. En mai 44, elle est rapatriée à Nancy et retrouve sa mère.
Elle n’entend pas une seule fois parler des Juifs pendant la guerre. (Ce ne sera qu’à l’âge de 13 ans que sa mère lui fera lire un livre sur les camps de concentration.)
En 1946, son père disparaît. Sa mère lui apprend qu’il a été condamné pour collaboration et qu’il est en prison. Un résistant l’a dénoncé à la Libération. Sur son lit de mort, son père lui explique qu’il aurait fait semblant de savoir des choses en discutant avec des Allemands.
L’univers de Denise est marqué par les lectures : à ses yeux, la vraie vie et les vrais héros sont dans les livres, pas dans la vie.
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5. Jean-Paul Ungerer
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Issu d’une vieille famille strasbourgeoise, il est bilingue au moment de la guerre. Il fait la rentrée des classes au lycée Kléber devenu l’école allemande Bismarck. A dix ans, en 1943, il est embrigadé de force dans les Jeunesses hitlériennes.
La famille passe ses vacances près de Sainte-Marie-aux-Mines, dans une ferme. De là, il voit le camp accessoire du Struthof installé à l’entrée du tunnel et les détenus en uniformes rayés.
En automne 44, ce sont les grands bombardements de Strasbourg. Caves, morts, effondrement de la maison. La famille obtient un nouveau logement, précédemment occupé par un Allemand, et auparavant par un Juif parti en 1939. La Libération de Strasbourg se fait très rapidement, presque par surprise. Il assiste à l’opportunisme d’une partie de la population qui remplace les drapeaux nazis par des brassards FFI. Si Strasbourg est libérée, ce n’est pas le cas de l’Alsace. Et l’hiver 44-45 est très pénible, du fait du manque de chauffage et de nourriture.
C’est en 1949, lors de la première réunion du Conseil de l’Europe, que Jean-Paul Ungerer envisage enfin la solution à prôner : depuis, il est fanatiquement pro-européen.
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6. Charles Augst
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Alsacien incorporé de force dans la RDA à partir d’octobre 41, il rejoint une unité d’instruction à Munich destinée à partir en renfort en Russie. Mais c’est en Tunisie qu’il partira finalement. Avant son départ, il coud sa carte d’identité française dans ses vêtements. En Tunisie, il profite d’un moment où les troupes allemandes de sa compagnie sont mitraillées par des Anglais pour se réfugier dans un trou d’obus. Déserteur, il rejoint le camp des évadés en attendant la régularisation de son dossier. En août 43, il obtient ses papiers de libération et s’engage dans l’armée française. Il fait partie des Sixième Artilleurs Marocains. Obligé en tant que déserteur de quitter sa compagnie qui s’apprête à partir en Sicile, il entre alors dans le Deuxième Dragon. Il change deux fois de nom.
A partir du 30 août 43, il commence à faire la Campagne : débarquement de Saint Maxime, Marseille aux côtés du fils du Maréchal de Lattre, Libération de la ville d’Autun, Saulieu, Freudenstadt, Wiesingen, et jusqu’à Siegmarigen à la frontière autrichienne. Le 8 mai, c’est l’Armistice.
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7. Alice Gillig
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Alsacienne issue d’une famille " française de cœur ", elle est marquée durant sa jeunesse par la Promesse faite dans le cadre du scoutisme. Elle s’engage en 1939 dans l’armée française en tant qu’infirmière. Après la débâcle, elle rejoint sa famille à Strasbourg. Là, elle retrouve cinq amies, toutes anciennes responsables de scoutisme. Les 6 filles s’organisent pour faire passer en France à ceux qui le souhaitent. Elles font une garde tous les soirs à l’église Saint Jean, devant l’autel de la vierge, fournissant papiers, nourritures, vêtements, familles d’accueil. Les passages s’effectuent chaque dimanche.
Mais, en 43, les six filles sont arrêtées. Jugés en tant que citoyens allemands terrorristes, les résistants alsaciens écopent de 8 à 12 ans de détention et, pour certains, de condamnations à mort. Cinq des filles sont envoyées dans la Hesse, aux travaux forcés.
Au bout de trois ans d’internement, Alice décide de s’évader. Après trois semaines de traversée à pied de l’Allemagne, elle atteint la frontière suisse. Confiée aux autorités françaises, elle rejoint Strasbourg. Après la guerre, elle est élue conseillère municipale. A travers son témoignage, elle souhaite démontrer "ce qu’une femme est capable de faire".
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8. Bela Elek
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Fils d’immigrés hongrois juifs communistes, il est né à Paris. Sa famille perçoit d’emblée la menace de guerre. Seul, le frère aîné décide de faire sauter une librairie collaborationniste. Il rejoindra ensuite le groupe militaire parisien Manouchian, tandis que la mère intègre un mouvement de résistance, " Femmes Françaises ". De son côté, Bela entre dans les Jeunesses Communistes.
Sa famille fait preuve d’extravagance : le père porte deux cartes d’identité sur lui ; la mère refuse de porter l’étoile; le fils transporte des armes dans un violon… Malgré cette inconscience, seul l’aîné sera arrêté.
Suite à ça, Bela change d’identité et se fait passer pour orphelin. Il est d’abord accueilli par une antiquaire catholique, puis envoyé en mars 44 chez des paysans. Il quittera la région avec l’armée française et découvrira, à14 ans, les horreurs de la guerre dans une compagnie chargée de nettoyer les arrières. De retour à Paris, Bela entre dans la résistance, puis aux " Bataillons de la jeunesse " pour faire, à 15 ans, la Bataille des Ardennes.
Marqué par la mort de son frère, Bela constate que " le travail de deuil ne peut se faire ".
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9. Gilbert May
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Juif strasbourgeois, il se réfugie en 40 dans le Cher.
Son père s’occupe déjà activement des enfants juifs. En 1942, avec son frère, Gilbert Samuel rejoint le Mouvement Libération Sud.
Il transporte des journaux clandestins. Son père étant en lien avec un réseau infiltré dans la police, il fait 100 à 150 km à vélo chaque nuit pour prévenir les juifs étrangers des arrestations programmées. Il rejoint les maquis de la Creuse et participe à des parachutages. En juillet 44, 60 résistants se trouve face à 1500 SS. Il est pris avec son frère. A la prison de Clermont Ferrand, il se trouve dans la même cellule que l’évêque de Clermont Ferrand et que le prince Xavier de Bourbon Parme, ancien prétendant au trône d’Espagne.
Son frère est déporté en Allemagne (d’où il ne reviendra pas). Lui, est transféré au Struthoff, passant pour catholique bien que circoncis, grâce à l'évèque. Puis c'est Dachau. Commando à Augsburg et double pneumonie. Infirmerie de Dachau. Pour échapper à l’épidémie de typhus, il rejoint le commando de Langsberg. Il est libéré le 29 avril 45.
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10. Jacqueline de Chambrun
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A 16 ans, elle est en communion avec des Républicains espagnols. Elle arrive en France en 1938. Elle a 20 ans en 40 et opte pour un projet collectif. Cela lui est d’autant plus facile que la région où elle est installée, à majorité protestante, prend position : résister.
Plutôt que de préparer l’internat, elle entre donc dans la résistance.
En 1943, la Gestapo vient l’arrêter. Elle se sauve et entre alors dans la clandestinité.
En 1944, elle est dans le maquis du Mont Mouchet, puis dans le midi.
Une fois la France libérée, elle rejoint l’armée française et se rend avec un régiment au bord du Rhin. Elle est hébergée dans une famille alsacienne dont le fils porte l’uniforme allemand. A Fribourg, après avoir vécu l’occupation en Allemagne, elle ressent une certaine fraternité pour ces pères et mères allemands. Elle décide alors de quitter la Forêt Noire pour retourner en France, refusant de continuer à faire l’occupation. Elle croît plus que jamais en des valeurs de communautés.
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11. Jean Samuel
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Juif, il se réfugie avec sa famille en juin 40 dans un village dans le Lot et Garonne. A la suite d'une dénonciation, il est arrêté avec sept autres membres de sa famille, et déporté, en mars 44, à Auschwitz.
Au-delà de sa volonté de survivre, il vit une succession incroyable de chances. Il rencontre Primo Lévi qui deviendra son ami.
En janvier 45, les troupes russes avancent, et les 60 000 survivants du camp prennent la route par moins 25° pour arriver à Weimar.
Libéré en avril 45, il reprend à pied la route en sens inverse, en direction de Buchenwald. Il sera le seul homme de la famille à revenir.
S’il retrouve Primo Levi à partir de 1946, ce n’est qu’à partir de 1980, soit 35 ans après la guerre, qu’il commencera lui-même à témoigner. Aujourd’hui, il s’inquiète de la disparition des derniers témoins directs et tente d’organiser une association de successeurs de témoins.
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12. Pierre Volmer
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Alsacien, il a 18 ans en octobre 1939. Après la débâcle, il rejoint la faculté des sciences à Clermont-Ferrand où s’est repliée l’université de Strasbourg. Par le biais du foyer universitaire, il entre en relation avec des mouvements de résistance. En juin 1943, un résistant auvergnat, tombé dans une souricière, abat deux Allemands avant de s’enfuir. La Gestapo profite de ce prétexte pour encercler le foyer et arrêter 37 étudiants. Finalement, Pierre Volmer est déporté à Buchenwald où il connaît l’horreur nazie. Parlant l’allemand, il sert d’interprète dans un commando de la banlieue de Leipzig. Lorsque son camp est bombardé, il rejoint en avril 44 un deuxième commando. Le camp est évacué à marche forcée : le 8 mai, il atteint Terezin, ville-ghetto. Il est rapatrié en avion . A l’hôpital, sa mère ne le reconnaît pas.
Selon lui, il n’y a aucune leçon à tirer de cette expérience : depuis qu’existe l’humanité, les horreurs se succèdent avec des modalités différentes selon les progrès techniques. C’est à chacun de lutter pour que ça ne se reproduise pas.
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